"Gore" est un mot anglais qui désigne le sang versé
d'une manière répugnante, à
la différence de "blood", le sang noble de la vie qui coule dans les veines.
La critique américaine utilise peu le mot "gore" pour qualifier ce
sous-genre et lui préfère
"splatter" (du verbe anglais "to splatter": éclabousser, asperger) pour désigner ce
concept. Le gore, contrairement
à l'horreur, va jusqu'au bout de l'explicite et de l'insupportable.
Éléments d'histoire:
Considéré comme sous-genre, le gore appartient essentiellement à
la tranche minable de la production américaine qui
cultive le sexe, la violence et l'horreur en vue d'alimenter les salles de
troisième ordre, les drive-in et le bas de gamme de la vidéo. Ce sous-genre,
si contesté, est né avec
le film de Herscheil Gordon Lewis, "Blood Feast" (1963). Le trait de génie de
ce réalisateur fut de comprendre l'intérêt d'une nouvelle voie cinématographique
(peut-être
inspirée par le théâtre parisien du Grand-Guignol ), celle de l'outrance et de la surenchère
dans l'horreur sanglante.
Le calcul économique n'était pas absent de cette révélation puisque le gore
autorise des truquages spectaculaires à très bas prix : il suffit d'épaisses
couches de maquillage, d'abats et de viscères d'animaux et d'une bonne
provision de ketchup. L'ingénieux Lewis avait
carrément mis au point une recette de sa composition à base de sirop de
fruits qui rendait plus facile l'exécution des scènes de vampirisme et
de cannibalisme...
Le succès inespéré de "Blood Feast" et des autres films de Lewis entraîna une
dérive sanglante de l'horreur qui atteignit l'Europe, notamment l'Espagne
(Jess Franco) et l'Italie (Lucio Fuici, Ruggero Deodato, Umberto
Lenzi et Joe D'Amato).
Cette débauche de violence gratuite sombra finalement dans l'autodérision et
le début des années 1990 marqua la fin du gore comme sous-genre. Mais des
cinéastes remarquables, en firent leur terrain de
prédilection tout en développant une oeuvre personnelle : les frères Coen,
Wes Craven, David Cronenberg, Brian De Palma, Quentin Tarantino, etc. De
façon plus exacte, le gore a influencé le cinéma commercial et le cinéma
d'auteur. Certes on peut trouver des plans d'effusion de sang et de
mutilation tout au long de l'histoire du cinéma, et bien avant "Blood Feast".
Mais c'est à partir de la fin des années 1960 que la blessure et la mort sont
évoquées frontalement avec des films comme "Bonnie and Clyde", "La Horde
sauvage", "M.A.S. H." et "Soldat bleu".
Caractéristiques:
Il faut relativiser l'assaut
du gore et de ne pas le
prendre au pied de l'image. L'excès de la violence, dans ces films,
tourne au grotesque et désamorce (pour un spectateur conscient, du moins) la
perception au premier degré. Le film gore implique l'idée de mise en scène et
de truquages. Il est le contraire de la représentation documentaire de la
souffrance ou de la mort (telle que nous pouvons la voir
dans les actualités de guerre, par exemple). Il se distingue des snuff-movies,
interdits mais circulant sous le manteau, où des personnes seraient
réellement torturées et exécutées devant la caméra.
Le gore a modifié, parfois pour le pire mais souvent pour le meilleur, la
pratique des cinéastes. Combien de films d'autrefois - films d'action et
westerns, par exemple - rejetaient simplement la mort en hors-champ? Cette hypocrisie épargnait au spectateur
la vision désagréable du sang répandu. Pourtant le gore nous oblige à un exercice
utile
: affronter l'horrible, l'insoutenable, pour nous en prévenir, tout simplement!
Quelques films de
ce sous-genre:
Quelques
films américains touchés par le gore:
1963 : Blood Feast (Herschell Gordon Lewis).
1964 : Two Thousand Maniacs ! (H. C. Lewis).
1965
: The Naked Witch (Andy
Milligan).
1966
: The Undertaker and His Pais (David Graham).
1969
: The
Chostly Ones (A. Milligan).
1970 : The Wizard ofgore (H. C. Lewis).
1972 :
The Core-Gore Girls (F-i. G Lewis) ; Doctor Corel/Body Shop (J.G. Patterson).
1976 : Jack l'Éventreur (Jess Franco, Esp.).
1979 : L'Enfer des zombies
(Lucio Fuici, it.) ; Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, It.).